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Historique du moring

  Pratiques et evolution du moring ¬

« Retour accueil moringLes origines afro-malgache | Le moring "Lontan" | Récit de vie |

  Original, le Moring permettait aux Noirs de l'Ile d'affirmer leur identité culturelle. Art africain,il était surtout pratiqué par les Noirs d'origines malgaches ou cafres, sauf au XXe siècle, où il sera adopté par le petit peupe de l'Ile. En effet, avant l'abolition de l'esclavage en 1848, le Moring était considéré comme le loisir privilégié des esclaves, activité dégradante pour la société coloniale et aucun Blanc ou même petit créole de couleur ne l'aurait partagée sous peine de déchoir. Après la proclamatoin officielle de l'abolition de l'esclavage, le 20 décembre 1848, le Moring restera encore pendant quelques décennies le patrimoine exclusif des Affranchis de 1848, leur intégration dans la société coloniale étant très imparfaite.

moring - le rituel   Néanmoins, dans les années 1880-1900, les conditions de vie des anciens esclaves et du petit peuple créole, notamment les Blancs des Hauts et les créoles de couleur, sont devenues pratiquement identiques. Certes les Cafres, les Malgaches et les Indiens immigrants forment encore la main-d'oeuvre privilégiée des grandes plantations, mais leur contact avec l'ancienne population coloniale n'est plus règlementé par une législation esclavagiste sévère fondée sur la discrimination raciale. De même certains "nouveaux citoyens" sont devenus petits propriétaires de leurs cases situées à la périphérie des agglomération de la colonie. A Saint-Denis, chel lieu de L'Ile, des anciens esclaves bâtissent leurs cases dans les lieux-dits "les Lantaniés", Camp-Ozroux, "Cam-Calixte", "Patates à Durand", "le Butor". On retrouve le même phénomène dans les campagnes où les Noirs construisent leurs paillotes sur le pourtour des grandes plantations ou au bord des ravines, exploitant, comme les Petits-Blancs, des lopins de terre exigus. Cette analogie de conditions de vie permettra au Moring de se faire connaître et même d'être pratiqué par certains Créoles de couleur ou Petit blancs.Le nouvel ordre social issu de l'abolition de l'esclavage avait donc contribué à la propagation du Moring dans d'autres couches de la société coloniale.

  Jusqu'à la Première Guerre mondiale, les combats de Moring resteront ainsi la principale activité de loisirs du petit peuple créole de la Réunion. Les combats de Moring étaient parfaitement codifiés et se déroulaient selon des règles acceptées par tous les combattants. Il est maladroit de dire que le Moring s'apparente à une danse sous prétexte que le combat est rythmé par un vrai tambour, un rouleur ou un tambour de fortune, "fer blanc à pétrole" ou "fer blanc la graisse" comme dans les hauts de Trois-Bassins ou à la Ligne Paradis. La violence des assauts et la réglementation du combat éliminent d'emblée cette fausse image du Moring. L'art du Moring se pratiquait pendant toute l'année, mais les jours de fêtes, les périodes du 20 décembre et les fêtes indiennes étaient des moments privilégiés pour le Moring. Les rencontres avaient lieu chez des pa&rticuliers férus de Moring, parfois boutiquier de leur état profitant pour vendre du rhum, boisson favorite des combattants, où dans un "Rond", véritable aire de combat sur un chemin de terre battue, se rendaient régulièrement les amateurs de Moring.

  Le combat de Moring est spectaculaire tant par sa mise en scène théâtrale que par ses enchaînements techniques. Les spectateurs formaient un rond et attendaient avec impatience le début d'un combat qui commençait toujours par le rituel de la provocation. Le rituel dans le Moring est en effet un temps fort autour duquel s'organise l'ensemble du cérémonial. Un batteur de tambour, le plus souvent un ancien moringueur, faisait démarrer le Moring en jouant de son instrument. Prologue du combat, le battement était au début lent, sourd, invitant les combattant à se manifester et à entrer dans le rond. Le rôle du batteur de tambour, en fait arbitre de la manifestation, était capital car de lui dépendait le rythme et l'intensité des combats.

moring - le batay coq   Après quelques minutes de tambour, un habitué du Moring, plus ou moins encouragé par le public et excité par le rhum et l'ambiance du "rond" entretenue par le tambour, finissit par entrer dans le cercle du combat.Le combattant qui faisait ainsi son entrée devait tourner deux ou trois dans le rond en annonçant son âge ou les âges des hommes qu'il acceptait de combattre. A la différence des arts de combats actuels, le moring n'admettait pas les catégories de poids et les combattants évaluaient eux-même leurs chances de victoire en fonction de l'adversaire qui lançait le défi. Lorsqu'un combattant trouvait un adversaire pour relever son défi, celui-ci entrait à son tour dans le "rond" et se mettait lui aussi à tourner. Après le défi, la deuxième phase du Moring s'enchaînait sur un rythme plus rapide et des sons plus secs et plus courts du tambour. Se provocant au début par des gestes d'intimidation, tout en s'observant pour trouver l'angle d'attaque idéal, les combattants s'engageaient ensuite dans une lutte sans marci et violente. Selon l'âge des moringueurs,le batteur de tambour rytmait plus ou moins vite le combat. Si les combattants étaient très jeune, le rythme était rapide, s'ils étaient d'un âge plus avancé, le son était plus sourd et plus lent.

  D'une manière général, les moringueurs avaient des physiques aguerris alliant souplesse, force et agilité. Les déplacements, les esquives acrobatiques faisaient l'admiration des passionnées de Moring. Les techniques permises étaient connues de tous et la foule surveillait attentivement le déroulement du combat . Toutes irrégularité entraînait l'arrêt du combat et la foule intervenait pour séparer les combattants qui n'acceptaient pas la règle du jeu. Cette situation se produisait rarement et les combattants respectaient les règles du jeu car leurs réputations étaient concernées. La pratique du Moring avait en outre un caractère sacré et aucun vrai combattant ne se serait avili en utilisant ses qualités de combattant pour se venger d'un concitoyen.Un combat de Moring n'était pas limité dans le temps et pouvait durer tant que les adversaires avaient la force de lutter. Ils pouvaient même s'arrêter d'un commun accord, boire un verre de rhum et recommencer la lutte après s'être reposés. Avant de combattre, certains moringueurs consultaient un sorcier qui parfois jetait un sort sur un adversaire réputé invincible, "fraudé" disait-on par un autre sorcier. Dans un tel cas, le combat était souvent mortel car les combattants, convaincus de leur force allaient jusqu'au bout du duel. La tradition orale fait état des prouesses de moringueurs prestigieux ayant marqué l'histoire de l'Ile. Des célébrités tels que "Laurent le diable", "coco l'enfer", "Henri la flêche, "Cadine", "la Marc café" reviennent souvent dans les récits de vie. Les surnoms imagés impressionnaient le public qui vouait une véritable admiration aux moringueurs...

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